Le défi de l'indépendance

Mon pari de dingue : Vivre de l’écriture en me passant des maisons d’édition

 

….C’est quand j’écris ce genre de titre que je me dis être sérieusement fissuré du bocal… (au début j’avais même mis le mot « projet », c’est dire l’immensité de la connerie) Mais bon, puisqu’on y est, faut bien que je marque le coup pour le déménagement du blog dans cette chouette baraque WordPress et rassembler un peu par la même occasion ce que j’ai déjà pu dire par-ci par-là. Alors voilà le topo :

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Constats :
    1. Les gens passent de plus en plus de temps devant un écran et de moins en moins devant un livre.
    2. La majorité des gens qui passent du temps devant un livre sont des femmes.
    3. La majorité des femmes qui passent du temps devant un livre le font devant une histoire d’amour à l’eau de rose (ou presque) ou des livres post ado d’aventure. (j’exagère, mais à peine)
    4. Pour cette raison, et parce qu’elles ont manqué le coche internet, les maisons d’édition ne prennent plus AUCUN risque, n’aiment même plus les livres (encore moins les auteurs) et font du business. Ce qui peut être louable, à condition qu’il soit de qualité et avec une certaine dose de mesure…
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Petit exemple pour illustrer mon cas personnel :

….Y’a deux ou trois mois, grâce à un mécène, j’ai envoyé mon second manuscrit à une dizaine de maisons d’édition qui, bien entendu, aimant les pauvres, n’acceptaient pas l’envoi par mail. Bref, je la fais rapide, l’envoi de ces dix manuscrits a coûté au total 350 euros (impression à 16€/pièce et envoi à 19€).

Vous voyez que je ne vous mens pas (chaque petit timbre vaut 1euro)Manuscrits prêts à l'envoi

 

Et là on va faire un premier point : qui a autant de fric à dépenser dans un truc aussi foireux? Parce que oui, c’est foireux. On me dira, c’est pour « épurer les pas sérieux ». Très bien, voyons donc comment ils traitent ceux qui ont passé la barrière du fric (donc sont sérieux) avec mon meilleur exemple : la maison Grasset.

….Si j’avais eu la moindre chance de me faire éditer, je me suis dit que ce serait avec eux, et pour cause, non seulement ils éditent mon écrivain préféré Charles Bukowski, mais aussi Virginie Despentes et Frédéric Beigbeder (j’expliquerai un jour pourquoi je ne supporte pas ce mec, mais pas là), des écrivains jugés plutôt… subversifs, ou du moins provocateurs.

….Y’a un mois, j’ai reçu une lettre de Grasset : « Votre livre ne correspond pas à notre ligne éditoriale (hahaha !). Et blablabla… si tu veux qu’on te renvoie ton bouquin, balance autant de tunes pour le retour qu’à l’aller ».

….La NRF et Albin Michel ont répondu exactement la même chose, mais pour eux, c’est vrai que je ne correspondais pas vraiment à leur ligne.

….Mon problème là-dedans : je ne sais même pas s’ils l’ont ouvert le livre. Réponds-moi « je n’ai pas aimé », ça serait plus honnête qu’un « ça ne correspond pas à une ligne éditoriale qui publie des gens EXACTEMENT dans ma ligne éditoriale (mon livre c’est L’amour dure trois ans, mais en plus viscéral et moins dandy).

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Mais c’est ma faute, je ne suis :
    1. ni un universitaire,
    2. ni un Parisien,
    3. ni un mec avec des relations médiatiques,
    4. ni un juif homosexuel immigré maghrébin vivant en banlieue,
    5. ni un gars qui a de quoi investir dans une imprimerie,
    6. ni un gars qui écrit des romans-saga à lire sur la plage pour se « vider la tête ».

….Comment espérer une chance sans ça ? Heureusement, avec tous ses défauts, internet permet une alternative plus qu’intéressante…

 
Comprenez-moi bien,

je ne suis pas l’écrivain aigri qui échoue là où d’autres réussissent et pense que tout le monde a le cerveau en gelée (si, ça je le pense un peu), et je ne crache pas du tout sur les romans de plage, au contraire. Ce n’est pas que Musso réussisse qui me fout en rogne (si un peu faut avouer), c’est de me rendre compte que mon style littéraire (et celui d’autres) n’a presque AUCUNE chance de se trouver en tête de gondole tant un certain modèle de pensée littéraire s’est imposé et a écrasé les autres. Cherchez les forums et les sites d’écrivain d’amour de fantasy, de SF ou de sujets « France Inter » et ensuite cherchez-en d’autres sur la littérature underground, contestataire, sans quelle se caricature elle-même… Et marrez-vous bien ensuite.

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 La question peut se poser autrement :

– Suis-je un écrivain unique et génial qui n’a pas d’égal vivant ? Personnellement je ne le pense pas, et puis ce n’est pas à moi d’y répondre.

– Et donc, existe-t-il toute une flopée (même petite) d’écrivains talentueux donc la possible diffusion est totalement terrée, souterraine, marginalisée et cataloguée dans « un genre » qui d’emblée pousse davantage au mépris qu’à la curiosité ? Ça en revanche j’y crois dur comme fer.

….Pour reprendre un peu le discours de Belmondo sur les distributeurs de films à la sortie de Désiré, vous ne m’entendrez jamais gueuler si un de mes bouquins ne marche pas, est jugé mauvais par une majorité de lecteurs ou s’attire quelque autre foudre. En revanche, oui, je gueule quand cette opportunité-là de se montrer aux gens n’est pas respectée. Si on ne leur propose aucun choix aux gens, c’est certain qu’ils n’auront pas la curiosité de voir comment un tel ou un autre conçoit son boulot d’écrivain en 2017, avec le monopole des écrans.

….Moi, j’ai la faiblesse (peut-être stupide) de penser que la littérature de qualité (ou du moins différente) existe encore et ne demande qu’à se montrer. Et qu’elle peut trouver son public, il suffit de les présenter.

….Je ne veux pas savoir si je suis bon écrivain ou pas, je veux simplement savoir si je suis le genre de mec à trouver les bons mots au bon moment pour toucher les gens.

….C’est pour partir de ce principe qu’est né l’Écrivain Souterrain car, si les « milieux littéraires » ne veulent pas porter un certain type de littérature sous les projecteurs, il n’y a aucune raison que ce type de littérature leur soit redevable et dépende de ce système. 

Voilà le défi, et le risque aussi…

….Comme vous avez pu le remarquer, le blog contient une page Éditions. Et si j’offre énormément de contenu gratuit (d’où la prise de risque), je compte aussi sortir des livres, les miens d’abord et, si avec le temps d’autres écrivain(e)s ou artistes se joignent à l’aventure, ce ne sera que mieux. Mais pour le moment voilà ce que je compte bien sortir dans l’année :

    1. Un roman (mon second) pour le 20 décembre 2017.
    2. Un recueil de poèmes (car c’est la meilleure écriture qui soit) pour mon anniversaire en avril 2018. Passer la vente de 500 exemplaires serait un tour de force pour ce genre (si on exclut les éternels Baudelaire, Hugo, Rimbaud…), presque un bestseller.
    3. et un recueil de nouvelles et chroniques inédites pour juin 2018.

….Trois sorties littéraires en un an, sur trois formats différents, tout en essayant de créer une charte graphique cohérente et des objets de qualité, voilà mon défi pour cette année.  J’espère que vous me suivrez dans cette aventure, et me filerez la main, tout repose finalement sur vous, si vous aimez et partagez suffisamment mon travail pour prouver ce que j’avance : la littérature underground n’est pas morte, elle est belle et ne demande qu’à se propager. Prenez date, on en reparlera…

….PS : En réalité on pourrait peut-être me qualifier de génie, après tout, aux dires des maisons d’édition, ne suis-je pas tout simplement en train d’inventer (ou réhabiliter ?) une ligne éditoriale à moi tout seul ? Je vous laisse cogiter à ça….

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Et si vous voulez donner votre avis dans les « comment taire », lâchez-vous !

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