Poème

Dilemme moral

Une matinée de boulot assez calme,
je triais des patidous – c’est des petites courges avant qu’tu d’mandes –
on les farcit.

Imagine une palette   
Les patidous sont rangés dans des plateaux en bois
Environ 15 patidous par plateau
une dizaine de plateaux par colonne et 5 piles de plateaux
par palette.
Un peu plus de 2 palettes à trier.
Le but du jeu est de vérifier chaque patidou, gratter la terre
vérifier qu’il n’y ait aucune moisissure, aucun impact ni morsure de rat.
Après, faut reconditionner une palette de patidous saints, le reste, poubelle
Environ un tier de la récolte finissait dans la poubelle.
J’arrivai à bout de la première palette quand,
sur un des plateaux du fond j’ai vu un nid
Un petit nid dans un coin de plateau, entouré de patidous.
Et dans le petit nid, des petits rats. A peine nés. Les yeux fermés, sans poils,
couleur rose-violet, pas plus gros que deux phalanges d’index.
Alors c’était le dilemme : j’en fais quoi ?
J’allais pas les laisser là, ça allait devenir de vrais rats qui allaient faire de vrais dégâts.
Les tuer ? Des bébés ?
Tuer un canard pour le bouffer, ok
Tuer un cochon pour le bouffer, ok
Même tuer un connard pour éviter qu’il me bouffe, ok.
Mais pas des bébés, même rats.
J’allais pas les adopter non plus.
Alors j’ai fait venir la patronne « dilemme moral » je lui ai dit
et à sourit, puis a appelé son chien pour qu’il vienne voir les rats
Le chien non plus n’en a pas voulu. Alors la patronne a trié les bons patidous
des mauvais puis a pris le plateau et a jeté son contenu dehors, près d’une roue de tracteur.
Je passais pour une fillette mais au moins, je m’y étais pas collé.
J’ai fini le tri des patidous puis attaqué un chantier bois.
Autour de 13h30 j’ai pris une petite pause. Pendant que mon repas chauffait
au micro-onde, je suis allé voir près de la roue du tracteur.
Les phalanges d’index étaient là, sur le sol, dans le vent et la terre.
Ils respiraient encore. Au pire, c’est la nuit qui les tueraient hein ?
Dilemme moral numéro 2 : je fais quoi ?
Je les laisse crever tranquillement ? Après tout c’est que des rats.
Après tout qu’est ce que j’en ai à foutre ?
T’aurais fait quoi toi ?
J’allais toujours pas les bouffer ni les adopter. Mais ils crèveraient
ça c’était sûr qu’ils crèveraient. De soif, de faim, de déshydratation, un truc lent
Alors j’ai pris mon couteau fixe à la ceinture et d’un geste vif
j’ai coupé chaque tête. À peine un petit son de gravier bousculé,
une légère rétractation des petits corps, un intérieur rouge, pas de sang qui coule, rien sur le  couteau.
Fini.
Je suis resté là quelques secondes, puis j’ai entendu le micro-onde sonner.
C’était l’heure de bouffer.
Moralité ?
Je suis passé pour une fillette et en plus c’est moi qui m’y suis collé.

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