parlons un peu d'autre chose....

5 Auteurs pour faire ses armes souterraines

En ce dimanche matin particulièrement ensoleillé, autant ne pas se voiler la face et en venir directement à l’essentiel. À savoir : BONJOUR !

Aujourd’hui, j’ai décidé d’être un peu plus léger avec mon lectorat chéri et de faire un VRAI article de bloguingue, le genre avec des sous-titres et des liens commerciaux un peu partout (faut bien tenter de vivre un peu non ?), des images et tout ça (les enfants adorent les images et comme nous tendons vers une société de plus en plus infantilisée – sauf pour les adeptes de Zemmour mais c’est un autre sujet, j’ai décidé d’essayer de ne pas faire un article insultant pour les minorités gueulantes et liberticides pour une fois), (ça va vous suivez avec les parenthèses ?), histoire de détendre un peu avant la prochaine Chronique Souterraine (d’ailleurs je ne sais toujours pas de quoi je vais parler, alors, si vous avez une idée… pitié gardez-là).

Bref, comme je m’étais dit que ça faisait un petit moment que je n’avais pas parlé culture, hormis celle des ressentiments et des mycoses (au fait, mes résultats pour les Chlamydiae sont négatifs, moi je le savais déjà, mes partenaires peut-être pas), quoi de mieux qu’un dimanche pour mettre les doigts de pieds en éventail et ouvrir quelques bons bouquins ?

Cependant nous n’allons pas parler bouquins mais auteurs (donc bouquins un peu mais ok). Vous connaissez ces interviews littéraires où le journaliste (pléonasme de « personne sans imagination ») pose l’inévitable question paquebot : « Quels sont les livres qui vous ont marqué » ? Si vous ne la connaissez pas, tapez sur internet « Top 10 (ou 5) des livres blablabla » et vous vous rendrez immédiatement compte de l’efficacité de ce genre de titre. Donc au bout d’un moment, faut que je pique l’idée non ? Je ne peux pas être TOUT LE TEMPS un marginal. Sinon on va croire que je le fais é-xeu-pré. D’ailleurs l’idée du Top marche pour tout. Top 10 des remèdes de grand-mère, Top 5 des positions sexuelles pour les femmes naines et enceintes, Top 15 des flops, Top 50 (ça c’est pour les vieux), Top 7 des nains (c’est quoi mon truc avec les nains aujourd’hui ?), Top 7,5 des films en noir et blanc montés à l’envers avec des zombies extraterrestres en guerre contre les fourmis et les produits bio, Top machin de vous avez pigé l’idée…

Moi, je vais faire un Top des auteurs. Déjà, parce que l’idée d’un top bouquins me semble aussi foireux qu’hasardeux, mais aussi et surtout, parce qu’à part quelques exemples par-ci par-là, c’est surtout d’un auteur dont je tombe amoureux, de son style, de sa vision du monde. Par exemple, si vous me demandez quel est mon roman préféré de Charles Bukowski, je vous répondrai « aucun, lisez les recueils de poèmes et de nouvelles). Pareil pour un disque de Renaud, mon préféré est « tous ceux d’avant son divorce. »

Allez, c’est parti et, comme ceux qui me suivent un peu savent déjà qui va se retrouver en tête, voir les deux premiers, je vais commencer par la fin… Ah, petite précision, je parle ici des auteurs qui m’ont MARQUÉ, c’est-à-dire dont le style, les thèmes, ou… le style, ont fortement influencé le mien. Donc, comme vous n’êtes pas moi (heureusement pour vous) si vous avez le même Top, allez de ce pas consulter un exorciste.

 

 

5 – Alphonse Daudet

Alphonse DaudetAlors on va passer tout de suite sur les moustaches (tradition française) et sur le fait que notre brave Alphonse n’aurait jamais rien écrit et se serait servi de cet alcoolique de Paul Éluard comme nègre (1 – rien à foutre, 2 – ils sont morts et 3 – ça les regarde !).

Daudet me touche particulièrement parce qu’il a écrit sur la Provence – avant Pagnol – en montrant que l’on pouvait écrire sur la Provence sans passer par le pastis, les jeux de boules, la comédie et l’OM (je suis pas certain qu’il ne parle pas de l’OM à un moment…)

Plus sérieusement, tout auteur qui veut se frotter à la nouvelle et qui n’a jamais lu Lettres de mon moulin est, dans le meilleur des cas un ignare, dans le pire un idiot. "Lettres de mon moulin" de ma grande mother

Bon, faut dire que c’est familial dans mon cas cet amour pour Daudet. Ma grand-mère l’étudiait à l’école et j’ai toujours son livre (Nelson éditions) avec ses petites annotations au crayon à papier. Ma mère nous avait emmenés voir le Moulin de Daudet (celui de l’histoire de Maître Cornille) lorsque nous étions petits et, ma mère encore, avait acheté le CD (ancêtre du mp3) avec certaines histoires lues par Franck Fernandel (le fils du père).

Et c’est là que les dégâts se sont faits.  Ayant une excellente mémoire auditive, à 10 ans (et même encore maintenant) je connaissais PAR COEUR un bon nombre de ces histoires. Ma préférée restant le secret de Maître Cornille qui, à une époque où la transmission, l’honneur, le savoir-faire et l’humilité sont devenus des gros mots, cette petite nouvelle me tire toujours des larmes (sisi, et des vraies) aux yeux. Je vous conseille donc de la lire, ainsi que la légendaire petite chèvre de Monsieur Seguin (ça marche bien pour séduire les rouquines sur le bord de la plage, mais faut la connaître par coeur, l’histoire, pas la rouquine), la Diligence de Beaucaire (bien meilleure et bien plus courte à lire que Les naufragés de l’autocar de Steinbeck), l’Arlésienne, le curé de Cucugnan (celui qui va se promener dans les royaumes de la Divine Comédie) et vous aurez déjà un beau petit aperçu de ce que peut donner ce recueil de nouvelles. Dans une moindre mesure, vous pouvez lire Tartarin de Tarascon, mais je vous conseille avant tout les Lettres.

 

 

4 – San Antonio

San AntonioAlors lui, une merveille ! Dans le genre j’écris ce que je veux, ça m’amuse et je vous emmerde, on en tient un beau spécimen à la Française ! Je l’ai découvert avec le livre Poison d’avril ou la vie sexuelle de Lili Pute. Tout un programme (la scène où elle découpe le hamac pour lui tailler une pipe reste gravée dans ma mémoire comme un fantasme à réaliser avant de calancher. Mesdames, qui me fera l’honneur ?) ! San-A (alias Frédéric Dard) est pour moi à la littérature de gare ce que Michel Audiard était au cinéma policier, en beaucoup plus décomplexé. Le bonhomme frappait ses histoires à une vitesse qui donne le vertige (trois semaines et hop ! un bouquin !). Drôle, caustique, sexuel, bourré d’argot, d’inventions linguistiques et poétiques en tout genre, San Antonio reste pour moi un exemple de fun, de liberté de ton et d’intelligence cachés derrière les gros sabots, et malheureusement disparus du policier français (même si son fils à tenter de prendre la relève, de façon assez médiocre à mon goût). Et puis les punk lui doivent notre célèbre Bérurier !

Ce que je peux vous conseiller là-dedans ? Allez, pour les fans de Renaud, lisez Bacchanale chez la mère Tatzi, y’a deux lignes sur lui dedans. Pour les autres, la fin de A tue… et à toi restera à jamais gravée dans ma mémoire, La vie privée de Walter Klozett m’avait bien fait rire, et pour ceux qui veulent de l’autobiographique pur jus, Je le jure est celui qu’il vous faut. Après… prenez celui dont le jeu de mots du titre ou les conneries racontées en quatrième de couverture vous bottent le plus et essayez-le.

 

 

3 – René Frégni

Le Voleur d'innocenceAlors lui si tu l’as vu venir je veux bien me l’irriguer aux protozoaires ! Et puis pour une fois que je parle d’un auteur qui est encore vivant… et que j’ai déjà aperçu quelquefois à Manosque à l’époque où je faisais le marché avec mon p’tit. Ce qui m’a marqué chez le bonhomme ? L’absurdité de sa tendresse. Et en même temps j’ai un peu une dent contre lui parce que je lui avais envoyé mon livre et à part un “ça accroche”, on peut pas dire que j’en ai su beaucoup plus. Lisez Les Chemins noirs, Le voleur d’innocence et On ne s’endort jamais seul (exceptionnel sauf la fin aussi foirée que celle de mon premier livre). Pour le reste… y’a du à prendre et à jeter (allez, lettre à mes tueurs si vous vous êtes intéressés à cette histoire de mafia avec Saccomano), René Frégni faisant partie de ces écrivains suffisamment connus pour vivre de l’écriture, et pas assez pour se permettre de prendre des risques. Personnellement, la surenchère de dégueulis de bonnes intentions, jusque dans les titres, a fini par me faire lâcher prise.

 

 

2 – Louis-Ferdinand Céline

Louis-Ferdinand CélineBon, ceux qui me connaissent l’ont vu venir à trois kilomètres celui-là. Alors que dire vu tout ce qui a été déjà balancé sur le bonhomme ? Bon déjà, si vous n’aimez pas Céline vous pouvez dégager, vous êtes un connard et puis c’est tout. Si en plus vous ne l’aimez pas simplement pour la politique et sans jamais l’avoir lu, je me demande vraiment ce que vous foutez-là.

Charlie Hebdo, Audiard, San Antonio, Renaud, le rock et le rap français, les sms à la con, et tous les auteurs issus de la mouvance Djian, Despentes, j’en passe moi y compris, PERSONNE – écoute bien – PERSONNE n’aurait jamais écrit comme ça en France si Céline n’avait pas écrit comme ça. C’est tout, et c’est point barre. Même pas envie de mettre un lien vers le Voyage, débrouillez-vous ! Le plus grand écrivain français depuis l’invention de la bagnole, et de très loin.

 

et enfin, avec un Suce Panse HAL-LU-CI…. Nan ?!

 

 

1 –

Henry Charles Bukowski

Charles Bukowski

Bon, par où je commence ? Jamais évident de dire pourquoi on aime quelqu’un…

Si je vous dis que c’est l’auteur le plus volé dans les librairies ou l’homme qui a écrit le plus de poèmes au monde derrière Raymond Queneau ? Ces deux informations sont vraies.

Si Dieu avait existait et qu’il avait eu un chien, et que ce chien, suite au traumatisme d’un viol avait perdu tous ses poils et que ses puces se seraient retrouvées SDF, partouzant dans une marre de vomi pour se tenir chaud, tout en observant l’absurdité du monde sans jamais y trouver des raisons à la Frégni, ben ces puces seraient dans une nouvelle de Bukowski.

La lucidité noire de Céline, sans le raffinement issu d’une mère dentellière, avec la pauvreté et la simplicité de la langue américaine.

Quand certains écrivains, devenus vieux, se flinguent ou cherchent à entrer à l’Académie, Bukowski tirera sa révérence avec Pulp, dédié au roman de gare, dans lequel une bonne sexuelle incarnant La Mort engage un détective pour retrouver… Louis-Ferdinand Céline. Le tout dans le Los Angeles des années 90 svp.

Ce que je vous conseille de lire de lui ? Tout ! Ce que je ne vous conseille pas de lire de lui ? Rien ! Bukowski fait partie de ces auteurs dont, lorsque vous aimez la patte, vous pouvez lire n’importe quoi les yeux fermés ! Certes, il y aura toujours du bon et du moins bon (perso, je saute les pages parlant de courses de chevaux).

Ce que j’aime chez lui ? Il est né pauvre, mort millionnaire, et de A à Z, son écriture, sa façon de voir, sa lucidité, sa tenue de route sont restées les mêmes. C’est ce que l’on appelle un homme droit dans ses bottes. Aucune morale sinon la sienne, et aucune recherche de sophistication dans l’écriture. Aller au plus simple, au plus court et au plus juste. Un maître.

Bon ok, quelques oeuvres à lire :

Les Contes de la Folie Ordinaire

Sans doute son recueil de nouvelles le plus connu (et un film lamentable de Marco Ferreri), j’ai pour habitude de raconter l’histoire d’ouverture à toutes mes nanas. Cependant, les Contes sont – pour moi – très loin d’être une représentation fidèle de l’œuvre de Buk.

 

 

Journal d’un vieux dégueulasse

Et bien sachez que si vous lisez les Chroniques Souterraines, et le Journal Souterrain, l’idée inspiratrice vient sans nul doute de ce bouquin et de toute l’histoire qui gravite autour.

 

 

Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines

Son premier recueil édité de poèmes. Mes préférés s’y trouvent. Une merveille. C’est con mais c’est vrai. Plus que très vivement recommandé !

 

 

Avec les damnés

Peut-être le plus complet pour un novice. Je sais pas. Les éditeurs se sont amusés à puiser des extraits de nouvelles, de romans, des poèmes pour les placer par ordre chronologique et ainsi créer une sorte d’autobiographie non consentie. Un bon moyen de lire plusieurs formats dans un seul.

 

 

 

 

 

 

 

 

2 Comments

  1. Lilou 31 octobre 2017 19 h 53 min

    Moi je t’ai vu venir à 10km au moins avec Céline… ah ouais, je te connais un peu…

    • L'Écrivain Souterrain 1 novembre 2017 5 h 57 min

      Héhé ! Ben oui. Y’a pas si longtemps, j’ai entendu que juste avant sa mort, on lui aurait demandé pourquoi il avait écrit. Réponse du Ferdine toute en finesse : Pour rendre les autres illisibles. C’est beau non ?

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