poème

Vous êtes vivants ?

Vous êtes vivants ?
Êtes-vous vivants ?
ça fait quoi d’être vivant ?

Une Gauldo sans filtre, une bouteille de blanc
et le t-shirt collé par la mousson
je sillonne les sons sans trop frimer la rime
J’dois pas trop faire le malin
Si c’est pas Le Pen, c’est Macron la prochaine plaie
Ouais… ça se pourrait bien
Les Français sont largement assez cons.

Je me suis baladé dans
bien des orifices
des bouches chaudes et humides
aux cellules de la police
chaudes et humides aussi
mais avec un arrière-goût de pisse

J’ai pondu deux livres aussi
qui m’ont pas rapporté un radis
et j’suis sur le troisième
celui-là, promis
une fois torché m’enverra direct en enfer
J’dois être un peu Grey… ou avec un grain
c’est sûr.
Quand les raclures ont le monopole
reste à faire pareil et jouer le jeu
ou accepter d’avance de perdre.
Sorry, je suis né avec un seul cul
un vrai, pas un faux
D’ailleurs, ça me rappelle cette hypocrisie
que j’ai vécu dernièrement :
Y’a six mois environs
pendant que j’écrivais mon livre
cette fille est venue à taper à ma porte
ivre et chaude, Chaude, CHAUDE
c’était bien chouette sur le canapé
on s’est même endormi dans les bras
l’un de l’autre
– c’est pas si fréquent –
Deux jours après elle m’a emmené voir
une expo d’art contant pour rien
avec quelques potes artistes à elle
ouais, elle est ARTISTE (tu peux pas comprendre)
et
ça s’est fini chez elle
et
elle m’a traité comme une merde TOUTE la soirée
alors
au moment de se coucher
comme j’ai vu qu’il n’y avait rien à en tirer
je me suis barré
pour rentrer chez moi.
Huit bornes en montée.
Son chien
– une serpillère sur patte –
m’a filé un peu le train
puis
il m’a lâché aussi.
Et là, six mois plus tard donc
je passe devant mon bar préféré
« Oh l’Ecrivain
(je fais la bise, poli)
ça va ?
– Bof
– Ça me fait plaisir de te voir »
Ça m’a scié en deux, mais
trop fatigué pour l’envoyer chier
j’ai passé mon chemin vers un autre bar
Elle s’en sort bien, elle, dans la vie
elle a compris…

Vous êtes vivants ?
Êtes-vous vivants ?
ça fait quoi d’être vivant ?

Mais on se prend pour quoi sérieux ?
On est que des pets de castors dans des bouches d’escargots
et là,
j’insulte les pets
mais faut pas s’inquiéter,
le maquereau Macron va nous sauver

REGLE NUMERO 1 DE L’ÉCRIVAIN POPULAIRE
(c’est-à-dire qui fait du fric) :
Ne JAMAIS parler politique.
En même temps, y’a combien de gens qui me lisent ?
Ouais… c’est que je pensais.

J’ai compris enfin que tous les moucherons que je trouvais
par terre n’étaient pas la cause
du ventilateur mais de la LAMPE.
J’te jure, cette salope les crame et ils viennent
faire leur exposition de cadavres sur mon carrelage
DEUX JOURS SEULEMENT
après que j’ai passé l’aspirateur !
En plus – bien entendu – ils se font leur cimetière de moucherons
bien coincé entre les fils du téléphone,
les pieds de la table basse et l’angle du mur.
La vie est décidemment cruelle pour les non élus.
je parle des moucherons bien sûr
moi ça va,
j’ai à boire
à fumer
et j’ai baisé avant-hier dans un jardin public…
sur le tourniquet.
Il avait plu avant
j’avais le cul trempé
c’était chouette.

J’avais jamais léché une fille pendant qu’elle conduisait
avant…
C’était chouette ça aussi
même si ça tirait un peu la langue

Vous êtes vivants ?
Êtes-vous vivants ?
ça fait quoi d’être vivant ?

Détails d’un dialogue chiant et mille fois répété :
– Tu fais quoi toi dans la vie ?
– Écrivain.
– C’est cool ça !
– Pas vraiment.
– …
– …
– Et t’as été déjà édité ?
– Presque, mais je me suis démerdé pour vexer l’éditeur.
– Et tu écris quel genre ?
– Le genre réalisme sale (c’est un courant amerlock)
– Ah ? Et tu écris quoi ?
– Des poèmes, des nouvelles, et deux romans.
– Ils parlent de quoi ?
– De cette saloperie qu’est l’amour.
– Comme Musso ?
– Avec un scénario moins complexe et des lignes mieux écrites.
– J’aimerais bien lire…
– OK mais tu paies.
– Arrrghgtnbbqd^vb ( son d’étranglement )
– Ou alors, écoute. T’es kiné c’est ça ?
– Ouais… ?
– Ben j’ai mal au dos. Alors, si tu veux, tu me masses entre quatre et huit heures
tous les jours, samedi et dimanches inclus, pendant six mois, et je te
file le bouquin. Ça marche ? »

Ça ne marche jamais. Alors j’ai pas de ronds
Et les gens pensent que je suis un branleur.
Celui qui se branle le plus c’est
leur cerveau, en mode
« Je pense pas mais je juge »

Vous êtes vivants ?
Êtes-vous vivants ?
ça fait quoi d’être vivant ?

Je comprends pourquoi certains poètes et écrivains sont venus
sous les tropiques
Hemingway a réussi son coup à Cuba
il a réussi à torcher un de ses plus mauvais bouquins
et en faire un Prix Nobel.
Brel a composé son magnifique dernier disque
aux Marquises
et quant à Baudelaire, il est venu ici
à la Réunion, pour embellir les Fleurs du Mal.
Et moi ?
Ben moi…
Je me suis tapé des meufs de toutes les races (sauf chinoises)
j’ai pondu deux livres
j’ai pris vingt kilos
suis devenu alcoolique
j’ai perdu mes abdos
je n’ai pas vu une couette depuis deux ans
ni un plan de lavande
ni une colline
ni mon fils
MAIS
la misère est moins pénible au soleil
pas vrai ?

2 Comments

  1. Anonyme 18 avril 2017 8 h 21 min

    Magnifique Poème.

  2. Crank 20 avril 2017 13 h 20 min

    Choukrane merci you're welcome

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