Poème

Le cœur en quarante haines

Après ce vendredi noir de la fin de novembre
le fric dans un placard en attendant décembre
je balaye un souvenir de cette tendre putain
qui me poussa sans rien dire dans le pire des chagrins
Et je vide mon verre en contemplant la vue
de ton corps promenant dans le jardins des nues
Et sur ta joue qui dort ce coton tricoté
par un enfant chinois dans l’enfer des chaînés

Nous survolons la ville à l’envers de nos vies
flirtons avec l’asile au défilé des filles
éclairées par le manque de leurs néons magiques
qui sniffent en souriant leur blanche poudre agonique
Dans le mâle impatient au cosmos idéal
se révèle le tyran dans la chambre fiscale
petite fille pleure ses horizons fanés
et s’endeuille de ses rêves pris sur papier glacé

Où est passée la chanson qui bercera les cœurs ?
et l’être surpassé qui séchera mes pleurs ?
Il a quitté sa route pour aller s’écharper
avec le p’tit Guignol qui squatte notre Elysée

Je regarde l’océan dérivé à perpète
Sur les bateaux noyés, sous le cri des mouettes
il a perdu son blues pour le noir pétrolier
et totalise la partouze chez le Captain’ Moné
Je croise les cris de joie dans l’aire des magasins
entre Noël et l’An on oublie les chagrins
pour des rubans scellés sur nos paquets garnis
que de cadeaux l’on fait pour chasser nos mépris !

J’écrase mes p’tits poèmes au sang d’un poulpe mort
qui ruisselle sans glace dans le rayon des stores
J’avance au devenir d’un avenir foutoir
mon âme au Capital bandit son drapeau noir
Toi du sommeil week end, tu reproches à l’Aurore
d’avoir tiré trop vite sur le réveil des corps
On s’acclimate de tout à se priver d’passion
trop pressés à donner notre force aux patrons

Où est passée la chanson qui percera les peurs
de l’être surtaxé qui emmure son cœur ?
Il ficèle ces angoisses dans les clics de la toile
les yeux torticolis de n’plus voir les étoiles

Et les brouillards blasés, et les cendres à nos clopes
mon cœur défiguré de se sentir cloporte
Et tes yeux molotov qui m’allument quand je bois
et la cicatrice qui s’ouvre quand j’repense à celle-là
Lassé d’articuler tous les possibles en mirages
pour ouvrir la serrure qui cloisonne ma cage
J’alimente mes cancers dans la rage des lâches
En faisant péter l’bouchon de ce gros rouge qui tache

Mais toi mon univers ma chanson mon printemps
Devine sur mes tatouages celui où je me mens
entre les dents d’un mort une rose de sang
les cartes qui sortent à pique d’un haut de forme dément

Oh toi mon univers mon secours indécent
retrouve la chanson de nos sourires d’enfants
Et devine sur ma peau celui qui monte au ciel
de voir trop de ces choses qui nous plombent les ailes

3 Comments

  1. Patricia 1 décembre 2019 14 h 39 min

    J’aime beaucoup cette chanson et son caractère destroy. J’y verrais bien la chanson de Thiéfaine : une ambulance pour Elmo Lewis

    • L'Écrivain Souterrain 2 décembre 2019 22 h 19 min

      Tiens, encore de lui que je ne connais pas, je vais régler ce manque dans la seconde

      • Patricia 6 décembre 2019 19 h 17 min

        Alors, qu’en penses-tu ?

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